Damiers, processions, balafres et papier

Tout ce que je ne dessine pas: les tapas dans un troquet de Barcelone, la discussion en français sur les indépendantistes catalan dans un musée d’ethnologie, Jesus ivre qui tangue la nuit sur son baldaquin, les rotondes immenses des glacières creusées dans le roc, l’essor européen du papier chinois depuis Xàtiba l’arabe. Ce matin au bord de la lagune, deux écureuils cabriolent, tandis qu’une grand-mère bruyante tente de les attirer avec une poignée de grains.
Gaudì-Güel
Barcelone, Parc Güell, 6 avril 2019. Les palmiers rocailles et composites de Gaudí canalisent les touristes.
Barcelone
À l’horizon, le parc d’attractions du Tibidabo.
Drapeau catalan
Depuis que nous sommes en Catalogne: rubans jaunes, drapeaux aux balcons et slogans sur les murs en faveur des « prisonniers politiques ».
Barcelone damiers
Sur la veste de la police, au sol sur les pavés, dans l’urbanisme orthogonal des rues: Barcelone aime le motif en damier.
Lina Bo Bardi
Sept avril 2019. Les petits dessins à la plume fine ou au Rotring de Lino Bo Bardi (fondation Miró). Le dragon cracheur d’éclairs pour une parade de géants de Domenec Umbert (musée d’ethnologie).
Subirachs-Sagrada Familia
Huit avril, sculptures expressionistes et cubisantes de Subirachs. Sagrada Família: bain de foule, tour de Babel et aéroport. Mausolée à la gloire de Gaudí qui y est enterré et aussi, oui, une belle forêt.

Barcelone, 9 avril, exposition August Sander à la Virreina. Portrait-kaléidoscope de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres. Le visage « tatoué » de la peintre Marta Hegemann en 1925.
August Sander-Étudiant
Le visage balafré de ce membre d’une Fraternité étudiante. August Sander, 1925.
August Sander-Soldat
Un soldat de la Wehrmacht rasé de près, le regard pur. August Sander, 1940.
August Sander-Nazi
Le mépris sans ciller d’un capitaine SS. August Sander, 1937.
Xàtiva-arènes
Les arènes de Xàtiva, 12 avril.
Xàtiva-château-prison
Xàtiva (prononcer Chatiba), 12 avril 2019. Les traces de l’occupation arabe dans ce château aux multiples aljubs (citernes) grottes, glacière et à l’immense muraille étirée sur la falaise.

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Des phallus d’Empúries au sable fin de Palafrugell

Empùries statueEmpùries coqEmpùries vase grec
Lundi 1er avril 2019, Ruines d’Empúries. Immense labyrinthe à ciel ouvert, Empúries juxtapose les restes de deux villes antiques. Proche de la côte, le port grec fondé par les mêmes phocéens qu’à Marseille (du sixième siècle avant Jésus-Christ au second après). Plus haut, mais contiguë, la ville romaine avec son plan en damier.
Empùries mosaïque dauphin
Empúries, mosaïque grecque et romaines.
Empùries phallus
Le catalan n’est pas si loin du français. Vasos de forma fálica decorados con relieves eróticas procedentes de una tomba (IIe siècle avant-Ier après J.-C.)
Empùries tête
Empúries. Pupilles noires et stoïques, indifférentes, qui regardent derrière moi, à travers.
Empùries phallus porte
Empúries, porte d’entrée sous l’imposant rempart de pierre calcaire et de béton romain banché. Le phallus en bas-relief sculpté à droite est un symbole de prospérité destiné à protéger la ville.
Phare de Sant Sebastià
Phare de Sant Sebastià, 2 avril. Il pleut.
Sant sebastia
2 avril 2019. Une auréole immense suspendue, menaçante comme une épée de Damocles, au-dessus d’un visage à la pâleur cadavérique: une invitation baroque à la piété.
Village ibérique
Agulla de Castell, 3 avril 2019. Les vestiges (-600 av. J.-C./Ier après) d’un petit village ibèric entouré de falaises qui surplombent la mer. De grands trous ovales s’ouvrent au niveau du sol: des citernes maçonnées et enduites à la chaux, comme celles que nous vîmes à Empúries.
Cap Roig, passage secret
Cap Roig, 4 avril. Le soleil décline sur l’étroit passage qui relie deux petites plages. Vies de Robinsons à tailler des bouts de bois, escalader les chaos et épier les araignées de mer.
Cap Roig plage
Cap Roig, 5 avril. Le soleil, la mer avant le café du matin.
Ouvrier du Cap Roig

Parking du Jardin botanique de Cap Roig, 5 avril. Départ forcé de notre bivouac de rêve: un ouvrier veut faire un tas de gravats, précisément là!

Cadaquès, méduses, anémones

Yohan
Dimanche 24 mars 2019, Serrabonne. Yohan, punk-paysan, stakhanoviste quand même très organisé.
La dent arrachée
25 mars, Iris, en nattes coiffée, pleure la dent arrachée, blottie contre sa maman.
Aubiry, ancienne usine Job
25 mars, Chateau d’Aubiry. Les immenses entrepôts de l’ancienne usine Job, inventeur au début du siècle (?) du papier à cigarette. À côté du château immense et à vendre, où l’art nouveau le disputte à l’éclectisme d’un Louis II de Bavière catalan.
Entre la plage de Taillelauque et le cap de Rederis
27 mars 2019, après la plage de Taillelauque, avant la pointe de Rederis.
Écueil à Taillelauque
27 mars, écueil après Banyuls. Dire, avec les pauvres moyens du dessin, tout le chatoiement, le mouvement du monde. Peine perdue. Mais le dessin ne se donne pas pour la vérité, cela reste « autre chose », une perche tendue, une flèche, une trace.
Orion au dessus de Cadaquès
27 mars, Orion au dessus de Cadaquès.
Anémones de Punta de Soliguera
28 mars, Punta de Soliguera. On peut les toucher, dans l’eau, juste là: anémones à Cadaquès.
Portlligat
29 mars, Port Lligat. Village de pêcheurs, crique turquoise, maison Dali-Gala.
Cap de Creus
29 mars, Cap de Creus. La mer, le profil déchiqueté de la côte très minérale, lunaire.
Cap de Creus- vers les Pyrénées
Cap de Creus, là où Louis Bunūel filma pour L’Âge d’or les cadavres emmitrés des évêques parmi les rochers.
Cap de Creus- au large
Cap de Creus, la mer, l’extrême pointe Est de l’Espagne, les Pyrénées.
Méduses S’AranellaMéduses-Platja-de-S’Aranella
30 mars, Platja de s’Aranella. Méduses: pulsations, systoles, Loïe Fuller.

de Els Gorgs à Duchamp et chou kale

Els Gorgs, la montagne
Els Gorgs
Samedi 16 mars, Els Gorgs, Pyrénées catalanes dans le parc naturel de la Zona Volcanicà de la Garrotxa. Ancienne carrière, cimenterie illégale et, depuis quinze ans, lieu collectif sous les chênes verts avec ateliers menuiserie, méca, tour, forge, vitrail, potager.
Atelier mécanique à Els Gorgs
Samedi 16 mars, Els Gorgs, atelier mécanique. Je remplace, couché dans la poussière, la biellette et la rotule de direction. La nuit venue, migraine et paracétamol, mais incroyables pizzas dans le four en terre.
Sculpture fendue
Lundi 18 mars, Els Gorgs. Une sculpture fendue avec un maillot de bain.
Se masser le dos
Lundi 18 mars, Els Gorgs. Ce que je considère, tout d’abord, comme pour un casse-tête serait plutôt un instrument de massage, à caler entre les omoplates, sculpté dans une branche courbe par Henke.
La Cordée Braque-Picasso
Demoiselles d’Avignon
Mardi 19 mars, Céret. 1911, Picasso et Braque cubistes ont habité en cordée cette immense demeure. Ils ont visité, à côté, Saint-Martin-de-Fenollar. Comment ne pas reconnaître les Picasso « nègres » dans ce Christ scarifié du XIIe siècle?
Lavoirs d’Amélie
Amélie-les-Bains, 20 mars 2019. Dans le lavoir public, vaste édifice moderne en béton servant aux bains des punks, hippies et pieds curieux des curistes égarés, la cataracte brûlante résonne et fume.
Étant donné (plâtre, fort Vauban)
20 mars 2019, Fort Vauban sur les hauteurs de Amélie. Deux jambes de plâtre dans la paille émergent d’une caisse défoncée. À côté, sur un socle de marbre, s’agrippent deux pieds brisés. Dans ce bastion d’un fort abandonné les suppliciés de Michel-Ange rencontrent les exhibitions de Duchamp.

Samedi 23 mars, de retour chez Lara et Yohan à Serrabonne, dans la montagne, dans les jardins, avec les chèvres. Excellente fleur du choux kale monté en graines.

Les tiques et les biellettes jouent contre nous

La répugnante tique qu’Iris avait dans les cheveux est morte dans son bocal. Nous allons chez le le médecin à Céret.
Salses, le fort
Les hasards du voyage nous ramènent à Salses, plutôt qu’à Rivesaltes. Dessiner le fort espagnol construit sur ce qui était au XVe siècle la frontière avec la France. Vaste quadrilatère avec, à chaque angle, une massive tour ronde d’artillerie.
Magnus
Magnus, Rebecca et leur petite fille Frejya, nous invitent à partager un petit déjeuner norvégien sur les hauteurs de Céret dans l’immense villa blanche avec piscine et vue sur la mer dont ils sont les gardiens et habitants pour six mois. Il était acteur et coach en Norvège. Elle photographie des paysage de forêts qu’elle a exposés en Arles l’été dernier. Ils voyagent en s’occupant de maisons à Los-Angeles, au Costa-Rica, au Canada ou en Irlande et désirent s’installer à Madère.
Arles-sur-Tech
Derrière la grille: l’enclos de verdure du cloître dans le dédale très minéral des rues de Arles-sur-Tech.

Vierge en habits noirs, figure de cire et visage défait.
Amelie-les-BainsLe plaisir rituel du bain brûlant dans les vastes vasques du lavoir en béton d’Amélie.
Stigmates du Christ à Ceret
Je cherche un Christ, je cherche une plaie pour dire l’arcade ouverte de Ulysse, la plaie qui saigne et les points de suture.

Saint-Martin-de-Fenollar, à côté du Boulou, très petite chapelle dont l’abside en berceau plein-cintre est ornée de fresques du XIIe siècle.

Perpignan, Rivesaltes, Collioure…

Bocal du Tech
5 mars 2019, Mas Larrieu. Petite plage de sable fin, île déserte du bout du monde où les enfants construisent des cabanes de bois flotté. Deux pêcheurs. Le soleil. Le vent.
Dessiner, c’est dessiner quelque chose. Comment dessiner, cerner, contourner, enfermer dans une figure cet horizon qui s’évapore là-bas loin dans le ciel, le soleil froid qui déjà m’éblouit derrière des tulles dans la brume? Se raccrocher aux branches de ces cinq arbres en palabre sur le sable.
Maillol-Perpignan
6 mars 2019, Perpignan. Cathédrale, les doigts arrachés sur la main en marbre du gisant de Louis Hab. de Montmor.
La Méditerranée de Maillol dans le patio de l’hôtel de ville.

Dans le patio de l’hôtel de ville deux enfants japonnais et leurs parents se joignent à nous pour dessiner la Méditerrannée de Maillol.

6 mars, Perpignan, Serena, château des rois de majorque. Les formes pleines de ce bronze de Jose Bonhomme entrent en résonance avec l’omniprésence de Maillol, ici en pays catalan (il avait sont atelier à Banyuls).

8 mars 2019, Tautavel. Les rotules axiales à changer nous contraignent à prolonger notre séjour dans les Pyrénées-Orientales. Trouver la bonne pièce est toute une histoire…

8 mars 2019, Tautavel. Le crâne d’un ours de Déninger découvert dans la Caune de l’Arago.

Arago 21, l’homme de Tautavel, 450000 ans avant notre ère, découvert le 22 juillet 1971. Le crâne éclaté semble indiquer que ses congénères lui ont manger la cervelle.

9 mars 2019, Camp d’internement des Indésirables, Rivesaltes . Les vestiges ruinés des baraquements sur le site actuel du mémorial. Ici entre 1938 et 2007 ont successivement été internés les troupes indigènes de l’armée française venues combattre l’armée nazi; les soldats espagnols défaits fuyant l’avancée franquiste (la Retirada) les Indésirables considérés par la France comme ennemis intérieurs, agents de l’anti-France selon les mots de Pétain; des juifs ensuite envoyés en camp d’extermination; des Harkis après la Guerre d’Algérie; et, jusqu’en 2007, les personnes reconduites à la Frontière. Ironie de l’histoire Manuel Vals l’a inauguré.

10 mars 2019, Fort carré, Collioure. Superbe petit fort carré entouré de fossés sec, escarpe et contre-escarpe percée de meurtrières et étranges meurtrières d’angle « sur trompe ».

Échappée par le train et retour

23 février, chez Hémeline, à Cases-de-Pène, deux ânesses broutent sous les oliviers.

24 février, Cases-de-Pène, petit arrangement avec le calendrier et clin d’oeil aussi aux magnifiques gravures sur bois de Franz Bücher vues à Vevey. Je m’occupe en woofer à transporter à la brouette du fumier de cheval pour transformer cette terre arride en futur oasis-potager.

25 février, Cases-de-Pène.

Le copain d’Ulysse rencontré ici, à Cases-de-Pène.26 février, dans le train entre Rivesaltes et Le Valdahon.

Quelques dessins rapides des monuments aperçus par la fenêtre. Pylones des lignes à haute-tension; cathédrale; usine Lafarge…Ma grand-mère est morte, je remonte par le train dans le Doubs.26 février 2019, TGV.

Dormir sans peur, abandonnée à 292 km/h. Les dormeurs aussi bougent incessamment. La tête tombe et revient en rythme. 27 février 2019.

Ma grand-mère est morte. Jai un peu honte de prendre mon carnet pour dessiner. Honte, peur de quoi? Que ce visage inanimé, figé ne me surprenne? L’étrange, la stupéfiante immobilité de la mort qu’on ne peut comprendre. Repenser à ce visage endormi qui, hier, dans le train, ne cessait de tomber…

Rose, elle est belle dans un vêtement noir chatoyant à fleurs rouges que je ne lui ai jamais vu. Un grain de beauté sur la joue que je n’avais jamais remarqué.

1er mars 2019. Rivesaltes, le maréchal Joffre.

Sur le piedestale, une citation qui donne à réfléchir: « une troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que reculer. Dans les circonstances actuelles aucune défaillance ne peut être tolérée. » 5 septembre 1914.

Les campagnes militaires qu’il mena prouvent par ailleurs qu’il est aisément passé de la conquête coloniale (Tonkin, Formose, Soudan, Tombouctou, Madagascar…) à la lutte acharnée pour la sauvegarde de la Patrie. 2 mars 2019. Salses-le-Château.

Forteresse espagnole du xve siècle. Sorte de maillon manquant entre le château-fort médiéval avec ses quatre tours d’angle rondes et massives et les forteresses bastionnées que Vauban construisit sous Louis XIV aux frontières du royaume. Une forteresse tout entière adaptée aux progrès de l’artillerie avec ses murs arrondis, sans angles supérieurs, ses cheminées verticales d’évacuation des fumées de canons, les puits verticaux au centre des tours pour l’eau nécessaire au refroidissement des canons.

Donjon

Une énigme, des petits points lumineux dans le ciel, des empreintes dans la neige

# L’idée: la publication hebdomadaire de sept dessins au vol pour sept jours de voyage. Sorte de bulletin au grés des zones blanches.

N’importe quelle belle photo iPhone de n’importe quel paysage sera toujours d’une banalité de photothèque. Du fantastique de calendrier. Du sublime de fond d’écran.

Raison suffisante.

# Nous voyageons. Je voyage. Dire pourquoi? Depuis quand? Jusqu’à quand et où? Expliquer le projet? Démontrer, justifier, vendre, défendre?

Un voyage vers l’inconnu. Pourquoi? Nul ne le sais. Un fil tracé, des empreintes déposées comme autant de dessins consignés dans ces petits carnets. Sept dessins; une énigme; quelques petits points scintillants déposés sur l’immensité de la nuit; des empreintes dans la neige.

# La contrainte féconde. Sept par semaine; pas nécessairement un par jour.

Pas seulement dessiner ce que j’aime ou ce que je sais, mais dessiner pour raconter; en tout cas ne pas se satisfaire de l’alibi, de l’excuse d’un « sujet » sans intérêt. Prendre autant de soin à dessiner une salade de choux qu’une abbatiale romane. Pas facile.

En tout cas trouver coûte que coûte le sujet… il y en a toujours, il faut s’y pencher.

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Canyon d’Ille
Samedi 16 février. Ille-surTêt.
Les «canyons» étroits profondément entaillés dans le terrain raviné.
Orgue d’Ille
Dimanche 17 février. Ille-sur-Têt. Le soleil dans les yeux, pile en face.
Les profondes gorges labyrinthiques entaillées dans le sable et les galets de la couche sédimentaire. Chant printanier des oiseaux, randonneurs en goguette.
Autoportrait 19 février. Ma tête dans le miroir, médiathèque d’Ille-sur-Têt. Une barbe de plus en plus fournie, des cheveux à l’image des broussailles piquantes et poussiéreuses d’ici: genêts, chênes verts, ajoncs, bruyère, ciste cotonneux.
Chèvres
20 février. Ferme de Serrabone.
les belles chèvres noires à barbichette et cornes.

20 février 2019. Les chèvres mettent bas ces jours de lune pleine. Beaucoup de chevreaux jumeaux, une portée de trois aussi. Les enfants cherchent des noms de baptême en P: Panda, Paprika, Paradis…
Queribus 20 février, Quéribus, soleil couchant. Ulysse ne reconnaît pas tant que l’antenne (sans doute la hampe d’un oriflamme) n’est pas tracée. Iris a l’explication: mes yeux sont plus vieux, ils ont déjà beaucoup travaillé et ne la voyaient pas.
Peyrepertuse21 février. Peyrepertuse, château cathare sur un éperon puis place forte royale.
San Jordi
21 février. Peyrepertuse, château cathare sur un éperon puis place forte royale. Le second donjon construit lors de la refortification royale.

Serrabona

Hier, visite du splendide prieuré de Serrabone dans les montagnes au dessus de Bouleternère, dans les Pyrénées-Orientales. Les monstres siamois (une seule gueule pour deux corps) des chapiteaux romans en marbre rose de Conflent sont pile à hauteur de regard !Serrabona, cloître

Chapiteau du cloître, à l’extérieur avant l’église

Serrabona, le cloître

Chapiteau du cloître, avant d’entrer dans l’église

Serrabona, portail, à droite

Portail extérieur, le chapiteau de droite

Maillol, Céret & mimosa

Quelques pages du carnet qu’Iris aime à m’emprunter lorsqu’elle n’a pas le sien sous la main.

À Céret –entre Méditerranée, Canigou et Espagne– pour le monument aux morts de la guerre 1914-1918, Aristide Maillol a sculpté cette belle « catalane robuste et simple ». Étrange Penseur qui garde le souvenir absorbé de Rodin et évoque la République massive et généreuse de Daumier avec, cependant, une sensualité déconcertante quand on songe aux traditionnelles statues de poilus héroïques entre quatre obus.

Maillol à CeretAristide MaillolIris

Il se régale, le bougre

Une histoire courte en quelques dessins. L’idée d’un livre.

À l’origine il y a un texte, une histoire d’abord racontée, improvisée au grand air au rythme de la marche avec deux ânes et trois enfants. Puis écrite, saisie, augmentée, arrangée et, au final, expurgée, résumée, drastiquement condensée jusqu’à tenir en ces quelques mots.

Backstage : l’impression de « s’être encore fait avoir ». Ce qui devait être un article rapide à partir de photos volées ou souvenirs de chantier – éventuellement sans lendemain – s’est rapidement abîmé dans le mirage technologique de l’illusoire facilité offerte par l’informatique. Un temps énorme passé à traiter, retoucher, couper et assembler les images (avec Gimp et sous Linux ce qui, certes, suppose l’acquisition de nouveaux automatismes) ; à faire des montages, trucages, collages pour rattraper des prises de vues bâclées ou par flemme et angoisse du vrai dessin avec ce qu’il suppose de sueur, répétition, ratages, aller simple sans possibilité de retour, alors que ce que je veux c’est graver, couper, encrer, passer sous presse…

Sur scène : les questions. Imprimer à quelques dizaines d’exemplaires à L’Imprimerie-Charcuterie, à partir de gravures sur bois et de caractères en plomb ? Sous la forme économique, mais frustre, d’un fanzine photocopié en noir et blanc ? Chez un imprimeur « physique », en numérique ? Grâce à un imprimeur en ligne, type Easyflyer ? Sous la forme fugitive de quelques pixels allumés « ici » ?

1-lievre

2-oreille

3-trou

4-lune

5-café

Clou, Ribouldingue, Boucle-d’or, Calendula-Jane & Silex

Voici l’histoire telle qu’elle a été dite une première fois, improvisée en juin 2018 sous l’impulsion d’une vague contrainte oulipienne. Celle de faire entrer dans la narration les détails réels croisés sur le bord de la route. Une souche vermoulue, des digitales, le sésame d’une plaque d’immatriculation, puis, plus tard une bouteille de kombucha, évidemment !
…………………………

visages

Le grand échalas hirsute en tête, c’est Clou ; suivi de Ribouldingue et Boucle-d’or. Viennent ensuite Calendula-Jane et Silex parce qu’il fait des étincelles avec ses dents, quand elles claquent. Secoués par la bourrasque, pourchassés par le vent, ils déboulent un soir dans un hameau perdu.

cabane de planche

Le vieux Robinson leur ouvre la porte et les invite à avaler une soupe chaude de bajanes. Dans le poêle, la flamme rougeoyante danse un sabbat intrépide.

bouillon

L’hiver est là, sec et mordant. Clou, Ribouldingue, Boucle-d’or, Calendula-Jane et Silex ne savent où aller. Alors, ils restent. Un soir Robinson leur indique l’emplacement d’un trésor oublié quelque part dans une sombre forêt, au bout d’une route bordée de grandes et vénéneuses digitales, près d’une vieille souche vermoulue dressée sur un cône incandescent de sciure vermillon. Il leur parle aussi de cette voiture blanche immatriculée AV 693 XV.

souches

Le printemps arrive. Pendant cinq ans ils cherchent le trésor, explorent et furètent, interrogent la boule de cristal de Calendula-Jane, questionnent les gens du pays : personne, jamais, n’a entendu parler de cette histoire. Penauds, bredouilles ils désespèrent. Alors Clou attrape des verrues de dépit et va se faire guérir. Sur chaque petit bouton urticant, la vieille un peu sorcière dépose le lait doré d’une jeune chélidoine. Elle connaît les plantes : au plafond, elle a mis des bouquets à sécher. Et parmi eux, Ribouldingue identifie des digitales. Il en a vues jadis, quand il fauchait dans les grandes plaines.

Dis voir, vieille sorcière, où les as-tu cueillies ? D’abord elle ne veut rien dire, mais au bout d’une heure de marchandage elle accepte de leur révéler l’endroit, en échange d’un peu d’aide pour les tâches ménagères. Fendre le bois, ils ont l’habitude. Décrasser la nappe en toile cirée avec ses cinq centimètres de graisse accumulés, ça par exemple ! C’est pas une mince affaire. Par chance, Boucle-D’or était autrefois mousse. Il avait déjà récuré le pont de certains rafiots particulièrement coriaces : pisser dans un violon, mélanger à du sel, ajouter des rognures d’ongle, les escarbilles crochues d’un gaillet-gratteron et un peu de silène enflée. Mélanger, appliquer, attendre, en général ça marche. Le plus dur, incontestablement, c’est hélas de préparer les cent litres de café quotidien, qui constituent l’unique repas de la sorcière. Avec la fumé âcre d’un vieux tabac offert par le diable.

TrouNoir

Pendant cinq ans la cafetière ne désemplit pas et le dernier jour ils apprennent enfin où poussent les digitales, saluent bien la vieille et reprennent la route. Ils prennent à gauche, suivent Silex dans la forêt, montent et transpirent tandis qu’arrive à fond les manettes dans un virage et brusquement une voiture blanche avec une plaque d’immatriculation : AV 693 XV. Le numéro qu’ils ont appris par cœur ! Chacun une lettre pour ne pas oublier ; sauf la fille, sauf Calendula-Jane qui a appris les trois chiffres du milieu parce qu’elle a plus de mémoire. Leurs cinq petits cœurs se mettent à battre tous ensemble dans tous les sens. Ils regardent autour d’eux et là, patatrac ! tout ce qu’ils doivent voir, ils le voient. Une digitale, puis deux, puis de pleins bouquets dans les talus. La vieille souche ruinée sur son cône vermoulu de poussière orange. Et là-bas, dans sa jolie maison, la jeune fille qui les invite à manger.

Ils ont bien faim, mais n’y vont pas. Le vieux Robinson les a mis en garde : « Elle transforme les visiteurs affamés en poulet-frites ! ». Alors, ils montent directement à la maison du haut, poussent la porte et découvrent la petite table ronde en poirier qui virevolte, tourne et n’en finit pas de danser au son d’un accordéon hystérique. Ils lui parlent bien gentiment et elle accepte de s’arrêter deux minutes afin qu’ils puissent ouvrir le tiroir et prendre la carte sur laquelle Robinson a jadis inscrit l’endroit du trésor.

Ils sont contents, ils rigolent et suivent la carte. A potron-minet, les voyageurs découvrent le lac avec le petit lapin aux longues oreilles recouvertes d’un fin duvet de givre.

lapin

Sans perdre une minute nos cinq orpailleurs creusent un trou sous le lapin et découvrent, en effet, une sacoche en cuir de buffle que Calendula-jane hisse hors du trou et pose sur la neige. Ribouldingue plonge la main dans la panse brune et extrait divers objets qu’il expose au regard avide des camarades. Une grande scie à denture acérée et brillante ; un vilebrequin ; deux rabots, un bouvet, un rifflard et deux varlopes ; un ébauchoir long comme l’avant bras ; trois herminettes, une grande, une moyenne et une petite ; un maillet, un assortiment de ciseaux, gouges et bédanes ; une plane scintillante comme le croissant d’une lune ; des couteaux et une râpe. Bref tout un carnaval d’outils aux formes et tailles les plus épatantes. Mais zut ! En guise de trésor les voilà servis! Pas de diamant, aucun rubis, pas le moindre saphir et rien en or.

Décontenancés, les cinq compères rebouchent le trou et rebroussent chemin cahin-caha. Un beau matin, leurs narines frémissent, hameçonnées par la chaleureuse odeur du pain grillé. Robinson est là qui les attend. Silex allume le gaz, Clou fait le café comme autrefois chez la vieille. Et après trois immenses tartines à la confiture de myrtille, Ribouldingue déballe l’étrange bric-à-brac. Le vieux rigole et se met à l’ouvrage sous le regard ahuri et méfiant des cinq voyageurs. Il frotte, polit, aiguise et il faut voir comme ils rutilent, à la fin, les outils trouvés sous le lapin ! Les voilà prêts. Ribouldingue tournera les 36 872 barreaux cylindriques dans le beau frêne sec et blanc ; Boucle-d’or, à l’herminette, taillera bien droit les montants dans les troncs des châtaigniers abattus et mis à sécher par Robinson depuis leur départ ; Silex percera les trous, réguliers et circulaires ; Calendula-Jane ajustera les queues d’aronde deux à deux. Clou fera le café et Robinson les tartes, potages, sabayons, tourtes et entremets pour nourrir la bande. Le 21 juin tout est assemblé. On peut enfin dresser l’immense échelle dans la clairière et l’appuyer contre la lune ronde. Robinson monte le premier, suivi de Clou, Boucle-d’or, Calendula-Jane, Ribouldingue et Silex. L’un après l’autre ils mettent le pied dans le grand plat blanc et s’assoient. Alors, fanfaron, le vieux sort un trésor de son panier ! Oui, une bouteille pétillante de kombucha dont chacun savoure les petites bulles à grandes goulées, alors que tout en bas, sur la Terre, le soleil disparaît entre les deux oreilles d’or du petit lapin.

lune

…………………………

Et s’il ne devait rester que quelques images gravées dans une logique de porte-folio ? De l’histoire ne subsisteraient que quelques images dépaysées éludant les problèmes liés à la fabrication d’un livre et escamotant le texte.
Dépaysement cher à Max Ernst, dont les images, icebergs d’une banquise disparue, surnagent dans un ordre incertain et étrange. Dans la logique aussi des Cabinets de curiosité de Kubin qui inverse la chronologie en illustrant par le texte une image ancienne, retrouvée dans ses archives. Le texte tirant l’image qu’il a lui-même dessinée plusieurs années auparavant dans une direction à la limite arbitraire et circonstancielle.
Logique graphique, enfin, celle des tarot de Marseille ou pas, dont les gravures sont accompagnées d’un sous-texte, sous-titre, légende dans un cartouche. Rapport texte-image que l’on retrouve aussi notamment chez Gustave Doré quand les images « hors texte » sont assises sur un court fragment du texte coupé.

# le silence de la nuit sur le chemin qui hésite

# Silex dont les dents cobalt font jaillir des rais d’étincelles

# le vent cinglant de l’hiver

# le grand festin du frichti près du poêle

# le Far-west vermoulu d’une souche en sous-bois

# le visage noueux d’une vieille s’abîmant au fond d’une tasse à café

# la carmagnole joyeuse d’une petite table en poirier

# les grandes oreilles en chocolat d’un lapin recouvert de feuille d’or

# la petite vérole d’une assiette en porcelaine de lune

Les daïkinis antinucléaires s’opposent à l’enfouissement des déchets radioactifs à Bure

Atelier fabrication de silhouettes en carton peintes pour un spectacle agitprop au camping de Lormes, lors d’une rencontre non-sco. La fraîcheur, l’enthousiasme et l’humour d’un scénario écrit par Geoffroy et ses enfants…
Représentations impromptues, un peu tout le temps, un peu partout, hormis pendant les orages.

Modillons & trumeau à Beaulieu

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Escale graphique à Beaulieu-sur-Dordogne près de l’abbatiale romane.
Magnifique tympan sculpté de 1130 avec son Christ, sans mandorle ; son saint-Pierre, avec ses clés ; ses enfers avec trois monstres hybrides ; ses juifs soulevant leur tunique pour montrer leur circoncision et ses trépassés soulevant… le couvercle de leur tombeau.
L’atlante ployé sous le poids du linteau appartient au trumeau. Il figure, avec ses acolytes latéraux, les trois âges de la vie.
Les modillons du chevet ne sont pas tous visibles : certains sont dissimulés par un échafaudage. On peut cependant dessiner les autres avec des jumelles.

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