ombres & musique chelou

Fête des 01, 108 rue de Bourgogne, samedi 7 mai

16h30, au Chafoin : spectacle ombres et musique chelou

Paul mixe et triture une musique concrète à partir d’une ribambelle de petits objets.
Moi, je raconte des histoires à partir de silhouettes, elles aussi bricolées, récupérées, assemblées à partir de matériaux communs.

Programme de la fête des 01

silhouette du Mahâbhârata

Ce matin à la médiathèque Saint-Marceau, Cécile Hurbault de la compagnie Jeu de Vilains animait un atelier de fabrication de silhouettes pour le théâtre d’ombre, d’après les personnages du Mahâbhârata indonésien. Différents poinçons, des tiges de bambou du carton et des modèles indonésiens originaux en cuir découpé et peint permettaient de se faire des petits Râma, Shita ou Arjuna…
Cette marionnette en carton représente Sita (ou Draupadi lorsqu’on l’utilise pour le Mahâbhârata).
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Silhouettes découpées pour M’Bolo, le lièvre

Préparation des silhouettes pour la représentation de samedi. Théâtre d’ombres. Au programme: M’Bolo, le lièvre africain; un conte indien avec un tigre, un chacal et un bramine; et, bien sûr, Nasreddine et son âne!

Le Tigre, le Brahmine et le Chacal
Conte hindou
Un jour, un Brahmine traversait un village de l’Inde. Il faut savoir qu’un Brahmine est un Hindou qui ne fait jamais de mal aux animaux, et qui les traite en frères. Donc, un jour que le Brahmine traversait un village lorsqu’il vit sur le bord de la route une grande cage de bambou, et dans cette cage, il y avait un énorme tigre, que les villageois avaient pris dans un piège et enfermé là pour le vendre à une ménagerie. – Frère Brahmine, frère Brahmine, dit le Tigre, ouvre la porte et laisse-moi sortir un peu, pour aller boire. J’ai tellement soif, et il n’y a pas d’eau dans ma cage. – Mais, frère Tigre, dit le Brahmine, si j’ouvre la porte, tu me sauteras dessus et tu me mangeras ? – Que vas-tu penser là ? demanda le Tigre. Jamais de la vie, je ne voudrais faire pareille chose ! Fais-moi sortir juste une petite minute, pour chercher une goutte d’eau, frère Brahmine ! Le Brahmine ouvrit la porte de la cage, et laissa sortir le Tigre, mais, dès que celui-ci fut dehors, il sauta sur le Brahmine pour le manger. – Frère Tigre, dit le pauvre Brahmine, tu m’as promis de ne pas me manger ! Ce que tu fais là n’est ni honnête ni juste ! – Au contraire, c’est tout à fait honnête et juste, dit le Tigre, et quand même, ça serait autrement, ça m’est égal. Je vais te manger. Mais le Brahmine supplia tellement le Tigre, que celui-ci finit par consentir à attendre jusqu’à ce qu’ils eussent consulté les cinq premières personnes qu’ils rencontreraient. La première chose qu’ils virent sur le bord du chemin fut un grand figuier banian. – Frère banian, dit le Brahmine, est-il juste et honnête que le Tigre veuille me manger après que je l’ai fait sortir de sa cage ? Le Figuier banian les regarda, et dit d’une voix lasse : – Pendant l’été, quand le soleil est brûlant, les hommes viennent s’abriter à mon ombre et se rafraîchissent avec mes fruits ; mais, quand le soir vient et qu’ils sont reposés, ils cassent mes branches et éparpillent Mes feuilles. L’homme est une race ingrate. Que le Tigre mange le Brahmine. Le Tigre sauta sur le Brahmine, mais celui-ci cria : – Pas encore ! pas encore ! Nous n’en avons vu qu’un ! Il y en a encore quatre à consulter. Un peu plus loin, ils virent un buffle couché en travers du chemin. Le Brahmine s’arrêta et lui dit : – Frère Buffle, oh ! frère Buffle, est-ce qu’il te semble honnête et juste que ce Tigre veuille me manger, quand je viens juste de le faire sortir de sa cage ? Le Buffle les regarda, et dit d’une voix basse et profonde : – Quand j’étais jeune et fort, mon maître me faisait travailler dur, et je le servais bien. Je portais de lourds fardeaux, et je traînais de grandes charrettes. Maintenant que je suis vieux et faible, il me laisse sans eau et sans nourriture pour mourir sur le chemin. Les hommes sont ingrats. Que le Tigre mange le Brahmine. Le Tigre fit un bond, mais le Brahmine dit très vite : – Oh ! mais, ce n’est que le second, frère Tigre, et tu m’en as accordé cinq ! Le Tigre grommela beaucoup, mais consentit à aller un peu plus loin. Bientôt, ils virent un aigle planant au-dessus de leurs têtes, et le Brahmine l’implora : – Oh ! frère Aigle, frère Aigle ! Dis-nous s’il te semble juste que ce Tigre veuille me manger, après que je l’ai délivré d’une terrible cage ? L’Aigle continua à planer lentement pendant quelques instants, puis il descendit et parla d’une voix claire : – Je vis dans les nuages, et je ne fais aucun mal aux hommes. Cependant, toutes les fois qu’ils peuvent trouver mon aire, ils tuent mes enfants et me lancent des flèches. Les hommes sont une race cruelle. Que le Tigre mange le Brahmine. Le Tigre sauta de nouveau, et le Brahmine eut bien de la peine à lui persuader d’attendre encore. Il y consentit pourtant et ils continuèrent leur chemin. Un peu plus loin, ils virent un vieux crocodile, à demi enterré dans la vase, près de la rivière. – Frère Crocodile, frère Crocodile, dit le Brahmine, est-ce que vraiment il te semble juste que ce Tigre veuille me manger, alors que je l’ai délivré de sa cage ? Le vieux Crocodile se retourna dans la vase, et grogna, et souffla, après quoi, il dit, de sa voix éraillée : – Je reste tout le jour couché dans la vase, aussi innocent qu’une colombe. Je ne chasse pas les hommes, et pourtant, toutes les fois qu’un homme me voit, il ne jette des pierres, et me pique avec des bâtons pointus, en m’insultant. Les hommes ne valent rien. Que le Tigre mange le Brahmine. – Il y en a assez comme cela, dit le Tigre, tu vois bien qu’ils sont tous du même avis. Allons ! Mais il en manque un, frère Tigre, dit le pauvre Brahmine, plus qu’un, le cinquième ! Le Tigre finit par consentir, bien contre son gré. Bientôt ils rencontrèrent un petit chacal, trottant gaiement sur la route. – Oh ! frère Chacal, frère Chacal, dit le Brahmine, dis-nous ce que tu penses ! Est-ce que vraiment tu trouves juste que ce Tigre veuille me manger, après que le l’ai délivré de sa cage ? – Plaît-il ? demanda le petit Chacal. – Je dis, répéta le Brahmine en élevant la voix, crois-tu qu’il soit juste que ce Tigre me mange, quand c’est moi qui l’ai fait sortir de sa cage ? – Cage ? répéta le petit Chacal d’un ton distrait. – Oui, oui, sa cage, dit le Brahmine, Nous voulons avoir ton avis. Penses-tu… – Oh ! dit le petit Chacal. Vous voulez avoir mon avis ? Alors, je vous prierai de parler bien distinctement, car je suis quelquefois assez lent à comprendre. Qu’est-ce qu’il y a ? – Penses-tu, dit le Brahmine, qu’il soit juste que ce Tigre veuille me manger, quand c’est moi qui l’ai fait sorte de sa cage ? – Quelle cage ? demanda le petit Chacal. – Celle où il était, donc, dit le Brahmine. Tu vois bien… – Mais je ne comprends pas bien, interrompit le petit Chacal. Tu dis que tu l’as délivré ? – Oui, oui, oui, dit le Brahmine. C’est arrivé comme ça : je marchais le long de la route, et je vis le Tigre… – Oh ! ma tête ! dit le petit Chacal. Je ne pourrai jamais rien comprendre, si tu commences une si longue histoire. Il faut parler plus clairement. Quelle sorte de cage ? – Une grande cage ordinaire, dit le Brahmine, une cage en bambou. – Ça ne me dit rien du tout, fit le petit Chacal. Vous feriez mieux de me montrer la chose, alors, je comprendrais tout de suite. Ils rebroussèrent chemin et arrivèrent à l’endroit où se trouvait la cage. – A présent, voyons un peu, dit le petit Chacal. Frère Brahmine, où étais-tu placé ? – Juste ici, sur la route, dit le Brahmine. – Tigre, où étais-tu ? dit le petit Chacal. – Eh bien ! dans la cage, naturellement, dit le Tigre, qui commençait à s’impatienter, et qui avait bien envie de les manger tous les deux. – Oh ! je vous demande pardon, Monseigneur, dit le petit Chacal. je suis vraiment bien peu intelligent. Je ne peux pas me rendre compte. Si vous vouliez bien… Comment étiez-vous dans cette cage ? Dans quelle position ? – Idiot ! Comme cela ! dit le Tigre, en sautant dans la cage; là, dans ce coin, avec la tête tournée de côté. – Oh ! merci, merci, dit le petit Chacal. je commence à voir clair, mais, il y a encore quelque chose, pourquoi y restiez-vous ? – Ne peux-tu pas comprendre que la porte était fermée ? hurla le Tigre. – Ah ! la porte était fermée ? je ne comprends pas très bien. La… porte… était… fermée ? Comment était-elle fermée ? – Comme cela, dit le Brahmine en poussant la porte. – Ah ! comme cela ? très bien, dit le petit Chacal. Mais, je ne vois pas de serrure. Ce n’est pas très solide. Pourquoi le Tigre ne pouvait-il pas sortir ? – Parce qu’il y a un verrou, dit le Brahmine en poussant le verrou. – Ah ! il y a un verrou ? dit le petit Chacal. Vraiment ? Il y a un verrou ? – Eh bien ! mon bon ami, dit-il au Brahmine, maintenant que le verrou est poussé, je vous conseille de le laisser comme il est. Et pour vous, Monseigneur, continua-t-il en s’adressant au Tigre, plein de fureur, je crois qu’il se passera un certain temps avant que vous ne trouviez quelqu’un d’autre pour vous ouvrir. Et, se tournant vers le Brahmine, il lui fit un profond salut. – Adieu, frère, dit-il. Votre chemin va par ici, et le mien va par là. Bonjour !

spectacle d’ombre à la belle étoile

La grande hélice

Un jour, quelque part, un homme était amoureux d’une femme très belle qui s’appelait Callisto.
L’homme était déjà marié… mais avec une autre femme avec laquelle il avait déjà des enfants. L’homme s’appelait Zeus, la femme Héra. Ils vivaient ensemble sur L’olympe.
C’est donc l’histoire d’un drame conjugal, une forme de Feydeau antique. Homme adultère, jalousie, mensonge et double-jeu : tout est là. Seuls les placards où cacher son amante changent et sont remplacés par des bosquets profonds, ombragés et odorants.

Un jour, nécessairement, le ventre de Callisto s’arrondit (j’ai oublié de vous dire que la femme très belle s’appelait Callisto). Un bébé naquit… et Zeus, malgré d’intenses efforts, ne pu cacher qu’il était le père. Héra, jalouse et humiliée, pour se venger de cette femme plus belle qu’elle et afin de l’escamoter au regard concupiscent de son mari, transforma Callisto en ourse et son fils en petit ours.

Zeus se détourna de Callisto, ne s’occupa pas davantage de son fils illégitime. Tout rentrait donc dans l’ordre ; tout allait pour le mieux… d’un certain point de vue.

Mais, il advint qu’un jour des chasseurs (c’est souvent avec eux que commencent les problèmes) lâchèrent leur meute de chiens méchants sur la piste des deux ours. La grande ourse ralentie dans sa fuite par le petit ours qu’elle devait protéger des crocs acérés des molosses fut bientôt encerclée. Nul endroit où fuir ! Sa mort était certaine.

Zeus, alerté par un sombre pressentiment et, aussi il faut le dire, dérangé pendant la sieste, descendit de l’Olympe pour voir qui pouvait produire un tel tapage ! Pris de pitié pour Callisto, qu’autrefois il aima et dont il causa la chute, Zeus transforme la grande ourse et le petit ours en constellation afin de les soustraire aux crocs meurtriers. Ils y sont toujours.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Héra aurait pu s’affirmer satisfaite d’une telle fin, choisir l’apaisement et l’oubli. Mais sa jalousie ne fut que ravivée par cette amante portée aux nues.
Dans un accès ultime de hargne, elle alla voir Téthys, c’est-à-dire la mer, qui fut sa nourrisse et lui fit un affreux chantage affectif.
Elle exigea d’elle qu’elle condamne et repousse, humilie une dernière fois Callisto. C’est pour cette raison que, parmi toutes les constellations de l’hémisphère nord, depuis que la Terre tourne et à jamais, seules deux ne passent jamais sous la ligne d’horizon et par les flots marins jamais ne sont baignés.